La musique, une industrie européenne du vivant
le 10 septembre 2026
La musique est souvent considérée comme un patrimoine culturel, une forme d’expression ou un divertissement. Elle est aussi une industrie européenne majeure, un marché en croissance et un révélateur de la diversité des territoires européens.
En 2025, le marché de la musique enregistrée dans les 27 pays de l’Union européenne a généré environ 6 milliards d’euros de revenus, selon le rapport Music in the EU de l’IFPI. L’Union européenne constitue ainsi le deuxième marché musical mondial, derrière les États-Unis, à 10,2 milliards d’euros, et devant le Japon, à 2,5 milliards.
Le marché européen a progressé de 5,1 % en 2025, soit 293 millions d’euros supplémentaires. Cette progression place l’Union derrière les États-Unis en valeur absolue de croissance, mais devant la Chine.
Derrière ces chiffres se trouve un écosystème beaucoup plus vaste que celui de la seule industrie discographique.
Une Europe de scènes musicales
L’une des caractéristiques les plus intéressantes du marché européen est la place occupée par les artistes locaux.
Dans les Top 10 de fin d’année, 53,5 % des titres sont interprétés par des artistes nationaux, auxquels s’ajoutent 5,2 % d’artistes provenant d’un autre pays de l’Union. Dans le reste du monde, la proportion d’artistes nationaux atteint 46,8 %.
L’Europe ne fonctionne donc pas comme un marché culturel uniforme. Elle est constituée d’une multitude de scènes nationales, de langues, de traditions et de publics qui peuvent ensuite circuler au-delà des frontières.
L’Italie en offre un exemple particulièrement parlant. Son marché musical a progressé de 10,7 % en 2025. Andrea Bocelli témoigne du rayonnement international durable de la musique italienne, tandis qu’Annalisa, les Måneskin et Damiano David illustrent la capacité d’une nouvelle génération à construire simultanément un public national et une audience internationale.
En Finlande, en Grèce et en Hongrie, tous les titres présents dans les Top 10 de fin d’année provenaient même d’artistes nationaux.
Cette capacité à faire émerger une création locale tout en lui permettant de circuler dans l’ensemble du marché européen constitue une véritable force économique et culturelle.
La valeur créée autour de la musique
Le revenu de la musique enregistrée ne représente qu’une partie de cette économie.
Autour d’un artiste et d’une œuvre se développent des activités de production, d’édition, de spectacle, de festivals, de médias, de formation, de tourisme et d’événementiel. Des lieux sont créés, des emplois apparaissent, des compétences se transmettent et des territoires acquièrent une nouvelle visibilité.
Un festival peut transformer une petite ville en destination. Une salle de concert peut contribuer à la revitalisation d'un quartier. Un studio peut attirer des artistes et des professionnels. Une scène locale peut devenir une vitrine internationale.
La musique participe ainsi à la construction d’un écosystème territorial.
C’est particulièrement intéressant dans une Europe où les identités culturelles restent profondément liées aux territoires. Les langues, les traditions musicales et les scènes locales ne disparaissent pas nécessairement avec l’ouverture des marchés. Elles peuvent au contraire devenir des ressources pour accéder à de nouveaux publics.
Le local devient alors une porte d’entrée vers le global.
Le streaming et une nouvelle économie de la création
Le streaming payant constitue aujourd’hui le principal moteur de croissance du marché musical.
Mais l’Europe conserve une marge de progression importante. La pénétration des abonnements payants atteint environ 27 %, contre 54 % aux États-Unis et 47 % au Royaume-Uni.
Cette différence représente à la fois un potentiel commercial et une question de financement de la création.
Les revenus générés par les abonnements contribuent à rémunérer artistes, auteurs, producteurs et labels. Ils permettent également de financer la découverte et le développement de nouveaux talents.
La croissance d’une industrie culturelle dépend donc autant de sa capacité à valoriser les œuvres existantes que de sa capacité à investir dans celles qui n’existent pas encore.
Des générations qui se répondent
La musique possède une particularité que peu d’industries peuvent revendiquer : elle circule naturellement entre les générations.
Un même territoire peut faire vivre simultanément un patrimoine musical ancien, des artistes établis et de nouvelles scènes.
L’Italie en donne une illustration évidente. Le succès international d’Andrea Bocelli coexiste avec celui d’artistes contemporains comme Annalisa, les Måneskin ou Damiano David.
Cette continuité n’est pas seulement culturelle. Elle contribue à maintenir des publics, des lieux, des savoir-faire et des infrastructures.
Elle crée aussi une mémoire collective.
Une ressource pour les territoires européens
À l’heure où les territoires européens cherchent de nouvelles sources d’attractivité et de résilience, la culture mérite d’être considérée comme une composante de leur économie.
La musique rassemble ce que les politiques territoriales traitent parfois séparément : économie, culture, emploi, tourisme, éducation, transmission et lien social.
Elle peut faire émerger des lieux, donner une nouvelle fonction à des espaces existants, attirer des visiteurs et créer des connexions entre générations et communautés.
Elle rappelle surtout qu’un territoire vivant n’est pas seulement un territoire qui produit.
C’est un territoire qui crée, transmet et fait circuler.
L’Europe dispose pour cela d’un atout considérable : un marché commun de près de 450 millions d’habitants, associé à une diversité culturelle exceptionnelle.
Le défi est de faire fonctionner ensemble ces deux dimensions.
La prochaine croissance de la musique européenne ne se mesurera donc pas uniquement en milliards d’euros de revenus enregistrés. Elle se mesurera aussi dans la capacité des artistes à circuler, des territoires à se renouveler, des savoir-faire à se transmettre et des publics à continuer de créer une demande pour des cultures qui leur ressemblent.
La musique est une industrie. Mais elle est aussi une infrastructure invisible des territoires européens.
CPM