L'héritage de saint François : quand l'économie redevient une affaire de communauté

le 18 juillet 2026

À Rome, le Conseil national italien de l'économie et du travail (Cnel) a récemment accueilli une rencontre consacrée à un sujet qui, à première vue, semble éloigné des préoccupations économiques contemporaines : l'héritage de saint François d'Assise, dont on commémore cette année le huitième centenaire de la mort. Pourtant, les intervenants réunis pour l'occasion — économistes, universitaires et représentants religieux — ont montré à quel point cet héritage continue d'irriguer une certaine manière de penser l'activité économique en Italie et au-delà.

Un homme économique qui n'est pas seulement rationnel

Le fil conducteur de la rencontre tenait en une idée simple mais souvent négligée par la théorie économique dominante : l'être humain qui produit, échange et travaille n'agit pas uniquement par calcul d'intérêt. Les intervenants ont rappelé que les courants de l'économie civile et de l'économie sociale, tout comme les pratiques du Tiers secteur ou de l'entrepreneuriat social, partent d'un même constat — les personnes cherchent, à travers l'économie, bien davantage que la seule maximisation d'un profit individuel. Elles y cherchent aussi du sens, des liens, une forme d'accomplissement.

Cette lecture s'oppose à une vision qui réduit l'espace économique à deux pôles seulement : le marché, lieu des échanges intéressés, et l'État, chargé de corriger les défaillances du premier. Entre les deux, selon les intervenants, existe une troisième dimension trop souvent ignorée : celle de la communauté, du don, de la réciprocité — une dimension que la tradition franciscaine a largement contribué à façonner en Italie.

Des Monts-de-Piété à la comptabilité moderne

Cette influence ne relève pas seulement de l'histoire spirituelle. Les intervenants ont retracé une filiation concrète entre l'esprit franciscain et certaines innovations économiques et financières majeures. Ils ont notamment évoqué la création des Monts-de-Piété à la fin du XVe siècle — ces institutions de crédit populaire nées dans l'orbite franciscaine pour offrir une alternative aux prêteurs usuriers — ainsi que les travaux du mathématicien Luca Pacioli sur la comptabilité en partie double et la notion de profit, à la même époque. Autant de jalons qui montrent qu'un souci de fraternité a pu, historiquement, nourrir des instruments économiques parmi les plus durables.

Un exemple contemporain : l'aventure de Vittorio Tadei

Pour illustrer la manière dont cette inspiration se prolonge aujourd'hui, l'un des exemples cités lors de la rencontre est celui de Vittorio Tadei, qui a fondé à Rimini, en 1961, un petit atelier artisanal de maille. Vers la fin des années 1980, l'entreprise s'est développée à l'international en s'appuyant sur un modèle de franchise en dépôt-vente fondé sur la confiance accordée aux partenaires — une méthode alors peu conventionnelle dans le secteur.

Six décennies plus tard, le groupe qu'il a bâti pèse plusieurs centaines de millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie plusieurs milliers de personnes. Ce qui a retenu l'attention des intervenants n'est cependant pas tant la réussite économique en elle-même que la manière dont son fondateur envisageait l'entreprise : un projet dépassant l'individu, où les bénéfices ne sont pas seulement réinvestis dans la croissance mais aussi, en partie, consacrés à des œuvres sociales, en Italie comme à l'étranger. Une entreprise pensée, selon les mots rapportés lors de la rencontre, comme un lieu où chacun — jeune ou moins jeune — peut trouver du sens à travers le travail.

Une économie « affaire de communauté avant d'être affaire d'individus »

Cette formule, employée par l'un des responsables du Cnel en ouverture de la rencontre, résume assez bien l'esprit de la journée : une même intuition traverserait huit siècles, depuis saint François jusqu'aux penseurs contemporains de l'économie civile, en passant par des figures comme l'économiste napolitain Antonio Genovesi au XVIIIe siècle. L'idée que la propriété d'une entreprise, lorsqu'elle est portée par une vision suffisamment large, peut devenir en quelque sorte un bien commun — profitant à ses salariés, à son territoire, parfois bien au-delà.

La rencontre s'est conclue par une intervention gouvernementale sur les perspectives d'action publique en matière d'économie sociale, notamment une future loi-cadre en préparation en Italie. Un signe que ces réflexions, nourries par une tradition vieille de huit siècles, continuent d'alimenter des débats bien actuels sur la place de la solidarité dans nos économies.

CPM

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